Exposition « Le Cadre » (2014)

Exposition « Le Cadre »  –  Présentation

Le cadre, ou quand une forme devient thème

Le cadre d’un tableau, d’une photo, d’un miroir est une limite, un contour, un ornement parfois. En isolant son contenu de ce qui l’entoure, le cadre le déréalise pour en faire quelque chose de différent (de l’ordre de l’image, de l’œuvre, voire du sacré). En même temps, en un singulier paradoxe, il tend à renforcer la présence de ce contenu dans la réalité, à lui donner de la consistance, de la valeur. Cette double vocation du cadre de tableau, qui produit simultanément une déréalisation et une bonification, on la retrouve dans une large palette des usages concrets ou métaphoriques du mot.

Cadre d’une fenêtre, d’une porte : ces cadres séparent, marquent des frontières. Ils produisent à la fois une dissociation et une ouverture. Circonscrire pour mieux ouvrir : le cadre définit ce que l’on peut appeler un principe d’embrasure. On délimite des espaces : dedans/dehors, devant/derrière. L’ouverture se produit vers ce qui est nécessairement autre, que ce soit un ciel immense ou, plus prosaïquement, la pièce voisine.

Cadre de vie, de travail, cadre naturel, un cadre agréable… On parle ici d’environnement, de décor, de paysage peut-être. La notion de limite est dans ce cas moins présente. Si on voulait se référer au langage du cinéma, on dirait qu’on a moins affaire à un cadre qu’à un champ. Mais celui-ci n’est pas fait que d’éléments disparates ; il est tout de même organisé, comme construit autour de celui qui l’occupe.

Lorsqu’on parle d’un cadre de vélo ou de lit, le sens du mot est un peu différent : c’est une idée de structure qui domine. Le cadre est alors ce qui « tient ensemble », ce qui fonde et organise un tout. Ainsi compris, le mot est d’un usage métaphorique courant : une convention-cadre, une cadre de référence, un cadre de réflexion.

On unit limite discriminante et principe structurant lorsqu’on parle du cadre de la loi, d’un récit, d’un cadre de compétences. Le cadre circonscrit un domaine, caractérisé par un certain nombre de règles ou de qualités en cohérence les unes avec les autres.

Pour asseoir la fermeté d’une structure, on peut soutenir l’idée qu’elle doit être organisée hiérarchiquement. Et les garants de cette solidité, au haut de l’échelle, on les appelle aussi des cadres : cadres d’une entreprise, d’une armée, encadrement d’un groupe, etc.

En définitive, qu’est-ce donc qu’un cadre? C’est une séparation en forme de pourtour qui permet à ce qu’elle contient d’apparaître comme un espace extrait du réel ambiant, soit pour lui donner le moyen de se distinguer, soit pour lui permettre de se consolider. Souvent les deux en même temps.

Quoi qu’il en soit, le modèle du cadre de tableau semble garder sa prégnance dans bien des domaines d’usage du mot « cadre » : de quelqu’un qu’on ne peut pas encadrer, ne dit-on pas aussi qu’on ne peut pas le voir en peinture?